Il y a 50 ans à 19h28.

Lundi 9 novembre 2020.

Il y a 50 ans à 19h28, la « France était veuve » (Georges Pompidou).

Il y a 50 ans à 19h28, le Grand Charles est parti rejoindre sa fille Anne qu'il aimait tant.

Il y a 50 ans à 19H28, Colombey les Deux Eglises aller devenir le centre du monde.

Ce 9 Novembre 1970 à 19h02, Charles De Gaulle s’écrit « j’ai mal … J’ai mal … j’ai terriblement mal … » et s’effondra dans sa demeure de la Boisserie à Colombey les deux Eglises en Haute Marne alors qu’il effectuait une partie de patience dans sa bibliothèque. A 19h28, il succombe  à une rupture d’anévrisme alors même que son médecin ainsi que le curé du village n’ont le temps d’arriver. Quelques instants après la mort, le médecin prononce le décès en ces termes « Madame, tout est fini... » et le curé effectue en urgence la formule courte des derniers sacrements « Mon fils Charles, par cette onction sainte, que le Seigneur vous pardonne tous les péchés que vous avez commis. Amen. »

Tante Yvonne sait que l’irrémédiable a déjà eu lieu. On lui propose un siège, elle veut rester digne, elle ne va pas s’asseoir et restera debout.

Le Général avait tout prévu dans son Testament en 1952 (le but est surtout d’éviter toutes récupérations politiques). Testament rédigé en trois exemplaires numérotés : le premier pour Georges Pompidou, son directeur de cabinet (lors de la rédaction), le second et le troisième à Elisabeth et à Philippe de Gaulle. Ces volontés sont les suivantes :

    « Je veux que mes obsèques aient lieu à Colombey-les-Deux-Églises. Si je meurs ailleurs, il faudra transporter mon corps chez moi, sans la moindre cérémonie publique.

    Ma tombe sera celle où repose déjà ma fille Anne et où, un jour, reposera ma femme. Inscription : Charles de Gaulle (1890-…). Rien d’autre.

    La cérémonie sera réglée par mon fils, ma fille, mon gendre, ma belle-fille, aidés par mon cabinet, de telle sorte qu'elle soit extrêmement simple. Je ne veux pas d'obsèques nationales. Ni président, ni ministres, ni bureaux d'assemblées, ni corps constitués. Seules, les Armées françaises pourront participer officiellement, en tant que telles ; mais leur participation devra être de dimension très modeste, sans musiques, ni fanfares, ni sonneries.

  Aucun discours ne devra être prononcé, ni à l’église ni ailleurs. Pas d'oraison funèbre au Parlement. Aucun emplacement réservé pendant la cérémonie, sinon à ma famille, à mes Compagnons membres de l'ordre de la Libération, au conseil municipal de Colombey. Les hommes et femmes de France et d'autres pays du monde pourront, s'ils le désirent, faire à ma mémoire l’honneur d'accompagner mon corps jusque sa dernière demeure. Mais c'est dans le silence que je souhaite qu'il y soit conduit. Je déclare refuser d'avance toute distinction, promotion, dignité, citation, décoration, qu'elle soit française ou étrangère. Si l'une quelconque m'était décernée, ce serait en violation de mes dernières volontés. »

Dès 20h, tout le village se met en branle. Dans l’atelier du menuisier du village, deux cercueils vont être confectionné, deux cercueils pour deux hommes décédés ce jour. Mr Plique et Mr De Gaulle. Tous les deux sont identiques, tous les deux sont aussi simples. Le montant de la facture du cercueil est de 445 F. Il est le plus simple possible, en chêne, quatre poignées simples et, sur le couvercle, un crucifix en aluminium poli... C'est tout. A 20h30, le cercueil est livré et la mise en cercueil (la mise en bière) durera jusqu’à 21h00.

Dans le salon, autour de la famille réunie, le cercueil sera mis par terre. Les deux ouvriers, aidés des deux chauffeurs placeront le corps dans la bière. Mme de Gaulle refuse le capitonnage que le menuisier se propose de mettre. C'est à peine si l'on accepte d'étendre un papier blanc sur le fond de la caisse pour masquer les copeaux de bois. Un petit oreiller blanc est posé sous la tête du général.

La mort sera tenue secrète jusqu’au lendemain matin où Georges Pompidou apprendra la mort du Général par la famille De Gaulle vers 7h30 puis par une annonce AFP à 9h00.  « Dites-lui, fit Mme de Gaulle, que nous nous en tenons aux dernières volontés de mon mari, et qu’il ouvre la lettre. »

Le Général voulait pour son dernier voyage être entouré de la France du 18 Juin, de la France qui ne l’a pas abandonné. Pour lui, le cœur de la France était Colombey et non Paris. Le cœur de la France était sa famille, ses Compagnons de la Libération, ses voisins, ses Hommes de l’ombre et le 12 Novembre c’est à Colombey que la vrai France gaullienne sera. Les obsèques religieuses se dérouleront en présence de 50 000 personnes venues par le train, les bus, les voitures garées le long des routes. 50.000 inconnus qui formeront une vague subversive déferlant sur le village en deuil.

Ce village en deuil qui dès le 9 au soir a fait bloc pour son habitant, simple citoyen du village, et qui dans un dernier geste a fabriqué son cercueil, ouvert son tombeau, nettoyé son Eglise et donné 12 de ses enfants pour porter l’Homme de la France Libre. 12 qui entrent lentement, cercueil à l’épaule, dans la nef de la petite église en pierre de Colombey. Tous les regards convergent vers eux. Ils sont douze, six de chaque côté, les mains gantées de noir, avançant à pas cadencés. Ces jeunes ont entre 17 et 23 ans. Ils sont des villageois comme était le Général. Quel plus beau symbole que 12 jeunes qui montrent le respect d’une nouvelle génération pour l’Homme qui a dit NON!

Ce 9 Novembre 1970, la France a perdu son dernier personnage historique et 50 ans après, nous le regrettons encore.

Pour prolonger cette Année De Gaulle, je vous propose, confinement oblige, quelques livres et films:

  • Les livres :
    • Les écrits du Général de Gaulle : Le Fil de l'épée et les Mémoires de guerre et d’espoir
    • De Gaulle, 3 volumes de Jean Lacouture
    • De Gaulle de Julian Jackson
    • De Gaulle, mon père de Philippe de Gaulle et Michel Tauriac
    • De Gaulle intime : un aide de camp raconte de François Flohic
  • Les bandes dessinées :
    • De Gaulle de Plumail et Jean-Yves Le Naour aux éditions Grand Angle
      • Charles de Gaulle - 1916-1921 - Le prisonnier
      • Charles de Gaulle - 1939-1940 - L'homme qui a dit non !
      • Charles de Gaulle - 1944-1945 - L'heure de vérité
      • Charles de gaulle - 1958 - 1968 - joli mois de Mai
  • De Gaulle de Gabella, Regnault, Malatini et Neau-Dufour en trois tomes aux éditions Glénat
  • Les téléfilms et films
    • Le Grand Charles de Bernard Stora, joué par Bernard Farcy, France Télévisions.
  • Secrets d'histoire : de Gaulle, le dernier des géants de Jean-Louis Remilleux, France Télévisions.
  • De Gaulle, l’éclat et le secret, de Jacques Santamaria et Patrice Duhamel, joué par Samuel Labarthe, France 2, mini-série de six épisodes.
  • De Gaulle, joué par Lambert Wilson.

Romain PETIT.

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